Hôpital Vétérinaire Prévost

L’usage de cannabis chez nos animaux domestiques à des fins médicales

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Avec  la légalisation récente de cette drogue et l’accessibilité nouvelle pour s’en procurer sur le web et dans les commerces, il arrive de plus en plus fréquemment que je me fasse demander  par les propriétaires si son usage serait approprié pour aider la condition de leur animal. Au-delà du questionnement à savoir si elle est pertinente dans le cadre d’une condition pathologique, d’autres interrogations devraient mériter notre attention. Nous allons répondre à ces questions grâce aux données actuelles que nous possédons.

 

En connaissons-nous suffisamment sur son profil métabolique?

Nous savons que les cannabinoïdes sont des substances qui peuvent être produites par notre corps, qui peuvent découler de certaines plantes ou être synthétisées. Nous avons deux principaux récepteurs (CB1 et CB2) présents dans de nombreux tissus du corps (système nerveux, foie, reins, poumons, gonades, système immunitaire, système digestif, articulations) qui permettent que l’action de ces substances se concrétise. Mais quelles sont ces substances? Nous savons que la plante de cannabis contient plus de 500 composés dont le fameux THC recherché pour ses effets psychotropes et le CBD qui nous intéresse particulièrement pour ses effets antalgiques. Mais au-delà de ceux-là, d’autres molécules sont aussi présentes (flavonoïdes, terpène, chanvre, acides gras) et certaines ayant un certain intérêt bénéfique dans la gestion de la douleur. D’autres sont malheureusement toxiques chez le chien (nabilone). Devrions-nous utiliser un produit purifié ou combiné? Dans quelle proportion ou ratio ? À ce jour, personne ne le sait encore.

 

Agit-elle en interaction avec d’autres drogues?

Les cannabinoïdes utilisent les mêmes enzymes hépatiques que certains médicaments pour être métabolisés. En conséquence, il est logique de croire que des interactions médicamenteuses peuvent exister et donc la sécurité est de mise pour leur usage simultané avec d’autres drogues.

Peut-elle être une option thérapeutique adéquate et appuyée scientifiquement par des études sérieuses? 
Les études scientifiques valables sont peu nombreuses à ce jour. Les Universités de Cornell et du Colorado ont entrepris divers projets dans les dernières années pour les utiliser chez les chiens arthrosiques et chez les épileptiques réfractaires. Les résultats semblent prometteurs. L’Australie s’intéresse aussi à ses effets dans l’évolution de certains cancers, des douleurs oculaires chroniques tel que le glaucome et aussi dans la gestion des troubles de comportement anxiogènes.

 

Avons-nous le pouvoir légal de la prescrire, nous vétérinaires généralistes et devrions-nous la recommander? 
À ce moment-ci, la réponse est non. Il n’y a aucun produit homologué présentement par Santé Canada pour les animaux. Les études cliniques quant à ses effets et son innocuité manquent. Les vétérinaires ne sont pas inclus dans la Loi actuelle sur l’accès médical au cannabis, la prescription en est donc illégale. Le marché est non réglementé; qu’en est-il de la pureté? Des analyses physico-chimiques du produit vendu? De la clarté de l’étiquetage ? De l’assurance d’aucun contaminant?

 

Est-ce que cette drogue est-elle sécuritaire chez l’animal? 
Dans l’absolu, face à un produit inconnu dont nous ne connaissons pas les répercussions complètes sur l’animal, l’usage de la posologie la plus basse devrait être de mise. Si après discussion avec votre vétérinaire et en connaissance des risques possibles vous souhaitez tout de même essayer ce produit, sachez que la sécurité est toujours à préconiser. Les décès reliés à l’usage du cannabis sont heureusement rares, mais de nombreux cas d’intoxications sont rapportés depuis la légalisation. En fait, c’est la 3e cause d’intoxication présentée en centre vétérinaire d’urgence.

Dre Valérie Desjardins, m.v.